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# Posté le lundi 20 mars 2006 22:07

Modifié le mardi 01 mai 2007 08:46

L'affaire du cimetière d'Highgate

L'affaire du cimetière d'Highgate
Depuis l'époque Victorienne s'étend à perte de vue, sur la colline d'Hampstead Hill au nord de Londres, un des plus beau et troublant cimetière d'Europe.

Véritable nécropole, celui-ci est sillonné d'allées bordées de nombreux tombeaux baroques et gothiques ainsi que d'une avenue égyptienne. Dans d'autres endroits, les cercueils sont posés à même le sol des caveaux. De toute part, on rivalise de beauté et de romantisme dans le choix des styles des pierres tombales et des monuments funéraires. L'opulente végétation laissée à l'état sauvage ne fait qu'ajouter au charme de l'endroit. Le lieu le plus oppressant et le plus sombre de cette véritable ville, est certainement l'avenue réservée aux excommuniés, parricides et assassins en tout genre.

La légende affirme qu'au XVIII° siècle, un cercueil provenant de Turquie et contenant le corps d'un vampire aurait été entreposé dans une chapelle située à Highgate, par la suite on l'y aurait inhumé.

Mais c'est certainement Bram Stoker qui a fait passer ce cimetière dans l'immortalité. Etant membre de la Golden Dawn et ayant été initié à leurs rites magiques, il a du être marqué par ceux-ci et n'était plus profane quant à l'histoire des Immortels. Bram Stoker a installé le Comte Dracula à Carfax qui est situé à Hampstead Hill, c'est aussi dans ce cimetière qu'il fait se reposer Lucie Westenra. A la même époque, il se lia d'amitié avec le peintre et poète Dante Gabriel Rossetti, celui-ci était fou de douleur depuis la mort de son épouse Elizabeth Sidal, celle-ci étant décédée sept ans auparavant d'une overdose de laudanum. Ce serait sur le conseil de Stoker que Rossetti se rendit à Highgate et fractura la tombe où reposait son épouse. Il eut la surprise de découvrir la jeune femme allongée et intacte avec toutes les apparences de la vie, le rose aux joues, les cheveux brillants, comme si elle venait d'être déposée dans cette sépulture. Depuis, pour les habitants du village proche, Highgate a tout d'une ville vampire. Les apparitions y seraient très fréquentes.

En 1970 une entité serait apparue entre les tombes à plusieurs reprises effrayant la population. Deux jeunes filles qui rentraient chez elle et suivaient un raccourci par le cimetière furent poursuivies par une ombre noire et l'une d'elle resta souffrante et subit de nombreuses crises de somnanbulisme qui pendant des années l'attirèrent vers un des caveaux du cimetière. L'affaire s'intensifia lorsque l'on découvrit des dizaines de cadavres d'animaux vidés de leur sang.

Les médias furent prévenus par un membre de la British Occult Society appelé David Farrant, à ceux-ci se joignit le Révérend Lord Manchester qui exécuta une séance d'exorcisme à l'intérieur du caveau suspect.

( Dans ce caveau on y découvrit un corps ne semblant ni mort, ni vivant. Manchester voulut le transpercer avec un pieu mais sous peine de se mettre en faute vis à vis de la loi, il se contenta de disperser des sacs d'ail et de placer une croix sur le couvercle du cercueil. Peu de temps ensuite, des ouvriers cimentèrent l'entrée du tombeau mais l'affaire ne s'arreta pas là...

En 1974, le coeur du quartier de Highgate proche du cimetière fut la proie de phénomènes étranges. Une demeure de style gothique, située au carrefour de Crescent road et de l'avenue Road (aujourd'hui détruite) était reputée depuis bien des années hantée. Manschester procéda a des fouilles minutieuses et découvrit dans la cave le cercueil qu'ils avaient muré quatre ans plus tôt. Manchester et ses complices otèrent le couvercle et plantèrent un pieu dans le corps, puis y mirent le feu. L'affaire était donc terminée mais en 1978, la police appréhenda plusieurs personnes qui avaient pénétré dans le cimetière d'Highgate et d'avoir forcé le caveau du vampire.)

Malgré l'affirmation de ce dernier qui dit avoir tué le vampire, le mystère reste entier, d'autres témoignages attestent que le Prince de la Nuit reposerait toujours à Highgate.

Depuis, le cimetière est devenu un lieu de réunion pour les cérémonies nocturnes de magie noire, des adeptes tentent d'invoquer leur Maître, des tombeaux sont profanés, des cadavres sont arrachés des cercueils et les autorités ont décidés de fermer les grilles de la partie nord qui peut malgré tout être visitée en compagnie d'un guide.
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# Posté le vendredi 31 mars 2006 12:40

L'Histoire d'Erzsébet Bathory

L'Histoire d'Erzsébet Bathory
Il est impossible de s intéresser au phénomène, réel ou imaginaire, du vampirisme sans se référer à un personnage qui défraya la chronique au XVIIe siècle en Hongrie et Transylvanie, et qui a provoqué, dans la mémoire des peuples, l apparition d une image surprenante, ambiguë, terrifiante, qui est loin de laisser indifférent : la comtesse Elizabeth Bathory est en effet une des incarnations les plus caractéristiques de ce que l on a coutume de classer dans la catégorie des vampires humains, malgré les interférences inévitables qui se sont produites entre ce que l on sait de sa vie et des zones d'ombre que l on n a pas osé dévoiler en plein jour. Ce fut une criminelle, assurément. Mais ce fut aussi une femme mystérieuse qui a emporté dans la tombe de lourds secrets qu il est bien difficile de cerner en toute objectivité.

Elizabeth Bathory est née en 1560, d une famille de sang royal, comptant dans ses proches parents le prince de Transylvanie, Sigismond Bathory, un oncle qui devint roi de Pologne, des gouverneurs de province, de hauts magistrats, des évêques et un cardinal. Cette famille remontait très loin dans le temps et comptait un certain nombre d'aventuriers hongrois descendant probablement des Huns et qui s étaient imposés par le sang et la violence, comme il était de règle à ces époques troublées où la Hongrie allait passer d un paganisme pur et dur à un catholicisme très inféodé à Rome. Du temps d Elizabeth, rien n était d ailleurs vraiment net dans cette région bouleversée par l apparition des Réformateurs luthériens et calvinistes et où le catholicisme romain se heurtait au Christianisme orthodoxe et aux innombrables communautés musulmanes disséminées par les Turcs. Sans parler des vestiges virulents d'un paganisme hérité du fonds asiatique :" L ancienne terre des Daces était païenne encore, et sa civilisation avait deux siècles de retard 1 sur celle de l Europe occidentale. Là, régnaient, gouvernées par une mystérieuse déesse Mielliki, les innombrables forces des grands bois, tandis qu à l Ouest, le vent habitait seul, la montagne de Nadas. Il y avait un dieu unique, Isten, et l arbre d Isten, l herbe d Isten, l oiseau d Isten... Dans les Carpates superstitieuses, il y avait surtout le diable, Ordôg, servi par des sorcières, elles-mêmes assistées de chiens et de chats noirs. Et tout venait encore des esprits de la nature et des fées des éléments ; de Delibab, la fée de midi aimée du vent et mère des mirages 2, des Tünders 3, s½urs de toutes merveilles et de la Vierge de la cascade peignant ses cheveux d'eau 4. Dans les cercles d arbres sacrés, de chênes et de noyers féconds, se célébraient encore secrètement les anciens cultes du soleil et de la lune, de l aurore, et du cheval noir de la nuit 5. C est dans cette atmosphère très particulière, encombrée de sortilèges et de traditions ancestrales venus d ailleurs, que se déroula l enfance d Elizabeth Bathory, et cela explique certainement beaucoup de choses concernant le comportement et le mode de pensée de cette comtesse qu il faut bien se résoudre à qualifier de ", sanglante ".Il faut aussi prendre en compte la lourde hérédité d Elizabeth : sa lignée ne comportait pas que des petits saints, bien au contraire. Un certain nombre de ses ancêtres avaient été des brutes sanguinaires, et dans sa parenté immédiate se trouvaient quelques homosexuels mâles notoires. Un de ses frères était un dépravé pour lequel tout était bon, la plus tendre fillette comme la plus ratatinée des femmes âgées. Une de ses tantes grande dame de la cour de Hongrie défrayait la chronique scandaleuse : lesbienne impénitente, on disait, tribade " à l'époque, elle était tenue pour responsable de la dépravation de douzaines de petites filles. Et puis, la propre nourrice d Elizabeth, joIlona, qui deviendra son âme damnée, personnage trouble et inquiétant, pratiquant la magie noire et les sortilèges les plus pervers, eut une influence déterminante sur l'évolution de son esprit.

Les descriptions qu'on possède d Elizabeth Bathory, ainsi qu un portrait qu on en a conservé, nous la montrent d une grande beauté : " Les démons étaient déjà en elle ; ses yeux larges et noirs les cachaient en leur morne profondeur ; son visage était pâle de leur antique poison. Sa bouche était sinueuse comme un petit serpent qui passe, son front haut, obstiné, sans défaillance. Et le menton, appuyé sur la grande fraise plate, avait cette courbe molle de l insanité ou du vice particulier. Elle ressemblait à quelque Valois dessiné par Clouet, Henri Ill peut-être, en féminin 1. " Bref, quelque chose de mélancolique, de secret et de cruel. Le blason des Bathory n était-il pas composé de trois dents de loup, d un croissant de lune, d un soleil en forme d'étoile à six pointes, le tout entouré d un dragon qui se mord la queue ?
On ne sait pas grand-chose sur la jeunesse et l adolescence d Elizabeth, sinon qu elle se réfugiait souvent dans une solitude farouche. Par ailleurs, depuis son plus jeune âge, elle souffrait de maux de tête parfois intolérables qui la faisaient se rouler par terre. Était-ce de l épilepsie ? Il semble plutôt qu Elizabeth était en proie à des crises d hystérie qu il serait tentant d assimiler à des crises de possession démoniaque.
Mais cette hystérie explique en partie sa déviance sexuelle : sa sensualité était exacerbée, mais morbide, et si elle ne refusa pas les contacts masculins, elle évolua toute sa vie dans des retraites peuplées uniquement de femmes ; elle ne sacrifia jamais un seul homme à ses débauches, mais uniquement des femmes, et elle était incontestablement homosexuelle. On prétend même que c est sa tante Klara Bathory, qu elle fréquentait assidûment, qui l avait initiée au culte de Sapho.
Il faut dire que l homosexualité était à la mode, en cette fin de XVIe siècle : à Paris, la cour des Valois donnait un exemple que s empressaient de suivre les autres cours européennes, orientales autant qu occidentales, celle de Rome ne faisant pas exception. Et le lesbianisme descendait même dans la rue :en Allemagne et dans tout le Saint-empire, il y avait encore des héritières de cette étrange secte de triba des flagellantes qui parcouraient, au XlVe siècle, les villes et les villages, se mettant nues en public, se fouettant mutuellement, hurlant des chants et pratiquant des attouchements indécents. Vestiges d un culte de la Déesse des Origines ? Probablement, mais avec des rituels érotiques sanguinaires. On peut toujours se demander si Elizabeth Bathory, si précocement initiée par sa tante Klara, n a pas consacré sa vie à cette religion instinctuelle et viscérale tout entière vouée à l adoration de la Grande Déesse des temps obscurs, celle qu on a prisé trop hâtivement pour la terrible Hécate lunaire, divinité grecque des carrefours (où rôde également le Diable !), et qui n est en réalité que l image du Soleil rouge, divinité ô combien féminine, la fameuse et cruelle Artémis des Scythes, celle qui, dans la tragédie d Euripide, Iphigénie en Tauride, réclame incessamment le sang des mortels pour nourrir son existence surnaturelle ? Il y a là un bel exemple de vampirisme 1. Mais l homosexualité d Elizabeth Bathory n était pas exclusive. On lui prête plusieurs aventures masculines avant son mariage et après son veuvage. Toute jeune, immédiatement après sa puberté, elle aurait eu une petite fille d un paysan. Elle avait quatorze ans et elle était déjà fiancée à Férencz Nàdasdy, un comte appartenant à la meilleure noblesse hongroise, redoutable guerrier qui devint illustre et mérita, par la suite, le titre de " Héros noir de la Hongrie ". Mais on sait ce que signifiaient les mariages dans la bonne société d alors. Il semble que, se trouvant enceinte, elle demanda à Ursula Nàdasdy, mère de son fiancé, laquelle était chargée de sa " protection ", la permission d aller dire adieu à sa propre mère, Anna Bathory, accompagnée d une seule femme en qui elle avait toute confiance. On ne dit pas si Anna Bathory approuva le comportement de sa fille, mais elle fit contre mauvaise fortune bon coeur. Craignant le scandale et la rupture du mariage de sa fille, elle aurait amené secrètement Elizabeth dans un de ses châteaux les plus éloignés, du côté de la Transylvanie, laissant courir le bruit que sa fille, atteinte d une maladie contagieuse, avait besoin de repos et d isolement absolus. Elle l aurait alors soignée, aidée d une femme venue du château familial de Csejthe et d une accoucheuse qui avait fait le serment de ne rien révéler. Une petite fille serait donc née, à laquelle on aurait donné également le prénom d Elizabeth, et qui aurait été confiée., Moyennant pension, à la femme de Csejthe qui avait accompagné sa fille. Quant à la sage-femme, elle fut renvoyée de Roumanie avec de quoi vivre largement, mais interdiction de jamais revenir en Hongrie. C est alors qu Elizabeth Bathory et sa mère seraient parties directement pour Varanno où devaient êtres célébrés les noces de l héritière des Bathory avec l héritier des Nàdasdy. Ces noces eurent lieu le 8 mai 1575. Elizabeth avait quinze ans, et son mari en avait vingt et un. L empereur Maximilien de Habsbourg assista lui-même au mariage. Le roi Matthias de Hongrie et l archiduc d Autriche envoyèrent de somptueux cadeaux aux nouveaux époux qui s en allèrent passer leur lune de miel dans le château de Csejthe, dans le district de Nyitra, région montagneuse du nord-ouest de la Hongrie, encore célèbre aujourd hui par la qualité de ses vignobles, mais aussi pour ses châteaux forts en ruines, ses histoires de fantômes et ses traditions vivaces de vampires et de loups-garous. Mais le séjour de Férencz Nàdasdy fut de courte durée. Ses devoirs de combattant l appelaient à la guerre à travers toute la Hongrie et les pays avoisinants. Il laissa donc sa jeune et belle épouse régner sur le château de Csejthe et sur les vastes domaines qui l entouraient. Que se passa-t-il donc alors ? Il est probable que la sensualité d Elizabeth, fortement éveillée par son mari - qui lui fit d ailleurs deux enfants - se sentit quelque peu frustrée. On lui prêta plusieurs intrigues amoureuses, mais sans lendemain, dont une avec un de ses cousins, le comte Gyorgy Thurzo, futur premier ministre de Hongrie et qui fut d ailleurs, par la suite, son juge le plus sévère.
Cela ne veut pas dire que les époux ne s entendaient pas bien : au contraire, leurs retrouvailles étaient toujours de nouvelles lunes de miel. Mais le seul tort du mari était d être trop souvent absent. Et, un jour de 1586 ou 1587, alors que Férencz Nàdasdy était en plein combat contre les Serbes, on raconte qu arriva au château de Csejthe (un grand jeune homme au teint cadavérique, dont le nom est resté perdu pour l histoire. Il était habillé de noir, avait de profonds yeux noirs et de longs cheveux noirs tombant jusqu aux épaules. Lorsque les servantes de la comtesse racontèrent au village de Csejthe qu il avait aussi des canines qu elles jugeaient anormalement longues, plus personne ne douta qu un vampire s était installé au château, et les villageois n allèrent plus se coucher sans avoir soigneusement barricadé leurs portes et leurs fenêtres avec des planches 1 ". Cette histoire s inscrit très bien dans le décor que suscite le personnage hors pair de la comtesse Bathory, mais elle est plus que suspecte. Toujours est-il qu Elizabeth s absenta pendant plusieurs semaines. Était-elle partie avec son " vampire " ? Les villageois murmurèrent, paraît-il, que la comtesse avait été littéralement " vampirisée " par le sombre inconnu. Il est plus vraisemblable de croire que cet homme était une sorte de sorcier, ou de prêtre plein, qui initia Elizabeth à certaines pratiques magiques. Car elle ne faisait pas mystère de ses fréquentations auprès des mages, des sorcières et autres personnages, toujours féminins, qui officiaient dans les forêts, à l abri des regards indiscrets.

Plus intrigante est la relation entretenue réellement par Elizabeth Bathory avec une mystérieuse inconnue, dont personne ne savait le nom, et, qui venait voir Elizabeth, déguisée en garçon. Une servante avait dit à deux hommes, - ils en témoignèrent au procès -, que, sans le vouloir, elle avait surpris la comtesse seule avec cette inconnue, torturant une jeune fille dont les bras étaient attachés très serrés et si couverts de sang qu on ne les voyait plus. Ce n était pas une paysanne, mais une femme de qualité qui, sans être masquée, éprouvait le besoin de se travestir, sans doute pour éviter de se faire reconnaître. " Cette visiteuse, pour laquelle on emploie le mot " dame ", était-elle une amie descendue de quelque château des environs pour ces fêtes à deux ? Amie ignorée et intermittente, en tout cas, puisqu à Csejthe on connaissait à peu près tout le monde appartenant à la contrée. Une étrangère ? Alors, quelles étaient exactement les relations entre elle et Elizabeth ? Leurs sadiques plaisirs étaient-ils les seuls " . Il est bien difficile de répondre, d autant plus que si la comtesse Bathory a commis et fait commettre d'innombrables crimes de sang sur des jeunes filles, on a considérablement brodé sur son action. Et ce ne sont pas les minutes de son procès, pourtant fort précises quant aux témoignages recueillis, qui peuvent donner la solution des véritables motivations d Elizabeth Bathory.

Cependant, Férencz Nàdasdy mourut soudainement en 1604. Devenue veuve, la comtesse semble n avoir rien changé à son mode de vie. Les tortures qu elle infligeait à ses servantes, elle les pratiquait depuis longtemps et son mari le savait parfaitement, considérant celles-ci comme de simples amusements de la part de sa femme. D ailleurs, dans toutes les maisons nobles de ce temps, il était courant de fouetter les servantes pour un oui ou pour un non. L'état de servage n existait plus en Hongrie, mais les vieilles habitudes ont du mal à disparaître, surtout quand elles sont acceptées, bon gré, mal gré, par celles qui en sont les victimes. L un des témoignages du procès est catégorique : à la question de savoir depuis combien de temps la comtesse maltraitait les jeunes filles, un témoin répond : , Elle commença quand son mari était encore en vie, mais alors ne les tuait pas. Le comte le savait et ne s en souciait guère. " On raconte une curieuse anecdote à ce sujet, non pas sur le début des sévices opérés par Elizabeth, mais sur la naissance de sa fascination pour le sang qui coule. " Un jour qu elle avait frappé une servante assez violemment pour la faire saigner du nez, parce qu elle lui avait tiré les cheveux en la peignant, un peu du sang de la jeune fille tomba sur le poignet d Elizabeth. Un peu plus tard, la comtesse crut remarquer que la peau de l endroit où était tombé le sang était devenue plus blanche et plus douce que la peau environnante. Intriguée, elle se baigna le visage avec le sang d une des victimes de ses orgies sadiques. Son visage lui sembla rajeuni et revivifié par le traitement 1. "

Le souci primordial d Elizabeth Bathory, depuis son plus jeune âge, avait été sa beauté: elle avait une peur atroce de vieillir et de s enlaidir. Il n en fallait pas plus pour s imaginer qu elle pouvait indéfiniment préserver sa beauté grâce à du sang frais de jeunes filles, de préférence vierges, donc revêtues de cette aura magique que confère la virginité. " Le sang, c'est la vie ! " répétait Renfield au docteur Steward. Mais pour Elizabeth Bathory, la vie, c était la beauté et la jeunesse. Si l anecdote est vraie, on comprend mieux ce goût du sang chez elle. Et cela nous ramène inévitablement au vampirisme.

Elizabeth Bathory passait son temps au château de Csejthe, faisant également de fréquents séjours à Presbourg et surtout dans la demeure qu elle avait acquise à Vienne, non loin de la cathédrale, demeure qui semble avoir été marquée aussi par de sanglantes orgies. A Csejthe comme ailleurs, Elizabeth était toujours accompagnée de sa nourrice jo Ilona et de sa servante Dorottya Szentes, dite Dorko, deux femmes vieilles, vulgaires, sales, d une totale immoralité et probablement sectatrices d une de ces mystérieuses cohortes de sorcières avorteuses qui pullulaient encore dans les campagnes de l Europe centrale. Il semble qu elles aient été les principales pourvoyeuses de " chair fraîche " de la comtesse, en même temps que ses "agents d'exécution " quand il s'agissait de frapper, de saigner, puis d'enterrer les malheureuses victimes. Autour de ce duo infernal, il y avait un homme à tout faire, Ujvari johanes, dit Ficzko, une sorte de nabot disgracieux, et une lavandière, Katalin Beniezky. Elizabeth vivait au milieu de cette troupe entièrement vouée à son service et à la satisfaction de ses instincts les plus bas. Cela constituait pour elle le personnel permanent et indispensable. Mais il y avait aussi le personnel " volant ", de belles jeunes filles dont elle faisait ses servantes, et parfois ses concubines, du moins tant qu elle y trouvait une certaine nouveauté. Car ces " servantes " disparaissaient les unes après les autres, et il fallait bien que le " personnel permanent " se chargeât de renouveler un cheptel qui devait être toujours jeune et beau. Certes, il y en avait toujours en réserve. On prétend même que la comtesse veillait à ce que ces jeunes filles retenues prisonnières fussent bien nourries et engraissées, car elle croyait que plus elles étaient dodues, plus elles avaient de sang dans les veines, et que plus elles étaient bien portantes, plus la vertu de ce sang était efficace. Plus que jamais, le sang était la vie: Elizabeth Bathory croyait-elle pouvoir échapper au vieillissement et à la mort, et gagner ainsi une éternelle jeunesse ? Il semble qu'il faille prendre très au sérieux cette conviction.

Un autre personnage vint bientôt compléter la sinistre troupe, une certaine Darvulia Anna. On a largement brodé sur cette femme sous prétexte que son nom évoque celui de Dracula. Il n est pas nécessaire d en venir là, car il apparaît que Darvulia était une sorcière de la meilleure tradition, une magicienne noire qui connaissait des formules et des incantations sataniques et qui n hésitait pas, comme le fera plus tard la Voisin, en France, au moment de l affaire des Poisons, à procéder à des sacrifices humains pour obtenir l aide des puissances démoniaques. Sans doute Darvulia Anna sut-elle convaincre Elizabeth Bathory, déjà quadragénaire mais toujours très belle, qu elle connaissait les recettes infaillibles pour prolonger indéfiniment cette beauté. La comtesse ne put plus se passer de Darvulia, et il est établi que la présence de cette ( sorcière" ne fit qu'augmenter la fréquence des (, sacrifices " qu'Elizabeth offrait à la mystérieuse divinité assoiffée de sang qu'elle n'avait jamais cessé d'adorer depuis sa plus tendre enfance. Les plus belles filles de Transylvanie et de Hongrie, lorsqu elles étaient repérées par les émissaires de la comtesse, prenaient le chemin du château de Csejthe. Tous les moyens étaient bons : menaces, intimidation, promesses d'argent, achat pur et simple dans certaines familles pauvres. Mais la plupart d entre elles ne ressortaient jamais plus de la sinistre forteresse.

On a probablement fort exagéré les récits concernant les supplices infligés à ces innocentes jeunes filles par la comtesse Bathory et ses âmes damnées. Mais il en est de suffisamment établis pour se faire une idée de l atmosphère malsaine et macabre qui régnait dans les souterrains du château de Csejthe. Les filles étaient frappées avec violence. Certaines avaient le cou percé selon la plus pure tradition vampirique. D autres étaient liées avec des cordes qu on tordait ensuite afin qu elles puissent s enfoncer dans les chairs, ce qui permettait de leur ouvrir les veines et de faire jaillir le sang sur la comtesse. On prétend même qu on remplissait parfois des baignoires de sang et qu Elizabeth s y baignait avec ravissement. Mais comme sa peau délicate ne supportait pas d être essuyée avec des serviettes, ce sont d autres filles qui devaient la débarrasser du sang en lui léchant tout le corps avec leurs langues. Celles qui, ne supportant pas une telle horreur, s évanouissaient, étaient ensuite sévèrement châtiées avant de servir de victimes à leur tour. On imagine aisément le contexte érotique de ces rituels. Selon certaines sources, toujours quelque peu discutables, certaines de ces jeunes filles finissaient leur vie dans le lit même de la comtesse. Elizabeth faisait venir les filles qui lui plaisaient le mieux et s abîmait avec elles des nuits entières dans des embrassements - et des embrasements - homosexuels, avant de les mordre cruellement, parfois jusqu à la mort. On comprend que de telles relations aient pu intéresser au plus haut point un spécialiste de l érotisme dans la souffrance comme l a été Georges Bataille, et aussi inspirer un certain nombre de films plus ou moins érotiques, mais parfaitement sadiques.

Il y a aussi la fameuse "Vierge de Fer". Est-ce une légende ? Actuellement, cet automate monstrueux peut encore être vu au château de Riegersburg, en Styrie. Est-ce celui dont, paraît-il, se servait la comtesse Bathory? Il s'agissait d une statue de bois articulée, avec des mécanismes de fer, en forme de femme. Image de la déesse cruelle qu adorait Elizabeth ? Peut-être. Ce qu il y avait de terrible dans cet automate, c était les pointes acérées qui pouvaient transpercer les corps qu on soumettait à l étreinte de la " Vierge ,. Car il est possible que des filles aient été ainsi livrées à la Vierge de Fer: les bras de celle-ci se refermaient sur le jeune corps et le pressaient de plus en plus contre les pointes acérées, permettant au sang de couler en abondance, sous les yeux d Elizabeth et de celles qui partageaient obligatoirement ses infernales jouissances. La comtesse Bathory eût certainement été très à l aise dans l élaboration d'un Musée des Tortures. Et même si cette histoire de Vierge de Fer est une légende racontée après coup, l anecdote reste néanmoins significative: toute la vie d Elizabeth était imprégnée de sang, parce que le sang, c est la vie.

Cependant, même si l on est un personnage considérable, même si l on est apparenté aux plus nobles familles de Hongrie, de Roumanie et du Saint-empire, même si l on prend des précautions pour éviter que les langues se délient, de telles man½uvres ne passent pas inaperçues. On n empêche pas certaines personnes de murmurer. On n empêche pas les allusions, et ces allusions se colportent de village en village. Trop, c'est trop... Des rumeurs incroyables parvinrent jusqu à la cour de Vienne, et les autorités ecclésiastiques, sentant qu il y avait sans doute des pratiques relevant de l hérésie ou du paganisme, commencèrent à se livrer à de discrètes enquêtes. Mais comment faire pour savoir la vérité, alors qu en principe, la belle comtesse Bathory était insoupçonnable et " intouchable " ?

Évidemment, personne n'osait porter officiellement plainte, pas même les parents des jeunes filles disparues qui craignaient trop les représailles, y compris celles de forces diaboliques qu on disait être au service de la comtesse. Les Bathory et les Nàdasdy étaient bien trop puissants... Mais cela n empêcha nullement le roi Matthias de Hongrie de prendre l affaire en main. Convaincu, par certains témoignages, que l héritière des Bathory était coupable de crimes de sang, il ordonna une enquête qu il confia au gouverneur de la province, lui-même cousin d Elizabeth. Le gouverneur se rendit secrètement à Csejthe et s informa auprès de certaines personnes de confiance, en particulier le curé qui, sans avoir l intention de le publier de son vivant, avait rédigé un long mémoire dans lequel il signalait quantités de faits pour le moins troublants. L envoyé du roi Matthias fut très vite édifié, et, lorsqu il eut fait son rapport, la décision du roi fut implacable: arrêter la comtesse Bathory et tous ses complices. Et cette tâche, il la confia à un autre cousin d Elizabeth, et qui avait été un temps son amant, son premier ministre, le comte Gyorgy Thurzo.

Le 29 décembre 1610, à la tête d une troupe armée et accompagné du curé de Csejthe - à qui il arriva d ailleurs une curieuse aventure à cause d un groupe de chats ! - et en présence des deux gendres d Elizabeth Bathory, le comte Thurzo pénétra dans le grand château. La garnison n opposa aucune résistance et les grandes portes étaient même entrouvertes. Tous purent donc pénétrer à l intérieur sans aucune difficulté : " Ils allèrent à travers le château, et, accompagnés de gens munis de torches connaissant les entrées des escaliers les plus secrets, descendirent au souterrain des crimes, d où montait une odeur de cadavre, et pénétrèrent dans la salle de tortures aux murs éclaboussés de sang. Là se trouvaient encore les rouages de la , Vierge de Fer ", des cages et des instruments, auprès des brasiers éteints. Ils trouvèrent du sang desséché au fond de grands pots et d une sorte de cuve ; ils virent les cellules où l on emprisonnait les filles, de basses et étroites chambres de pierre; un trou profond par où l on faisait disparaître les gens; les deux branches du souterrain, l une conduisant vers le village et débouchant dans les caves du petit château, l autre allant se perdre dans les collines... Enfin, un escalier montant dans les salles supérieures. Et c est là, étendue près de la porte, que Thurzo vit une grande fille nue, morte; celle qui avait été une si belle créature n était plus qu une immense plaie. A la lumière de la torche, on pouvait voir les traces laissées par les instruments de torture: la chair déchiquetée, les seins tailladés, les cheveux arrachés par poignées; aux jambes et aux bras, par endroits, il ne restait plus de chair sur les os 1. " Plus loin, toujours dans le souterrain, Thurzo et ses hommes découvrirent plusieurs douzaines de jeunes filles, d adolescentes et de jeunes femmes. Certaines étaient affaiblies, presque complètement vidées de leur sang; d autres, dans un état d
hébétude totale, étaient encore intactes : c était le bétail réservé aux prochaines orgies. Par la suite, on exhuma une cinquantaine de cadavres de jeunes filles dans les cours et les dépendances du château.

Elizabeth Bathory ne se trouvait pas dans le château. Il est vraisemblable de penser qu après une nuit d orgie rituelle, elle s'était retranchée dans son repaire constitué par le petit château, son domaine réservé où peu de gens avaient le droit de s introduire. Lorsque le comte Thurzo se présenta devant elle, elle ne songea pas un seul instant à nier l évidence. Aux accusations que lui porta légalement son cousin et ex-amant, elle répondit que tout cela relevait de son droit de femme noble, et qu elle n avait de comptes à rendre à personne. Sans se laisser impressionner, Thurzo la fit mettre sous surveillance, et la comtesse s enferma dans un mutisme hautain dont elle ne se départit jamais plus.

Mais la procédure de la justice était en marche et plus rien ne pouvait l arrêter désormais. Le roi Matthias était décidé à aller jusqu au bout, Gyorgy Thurzo et les membres des familles Bathory et Nàdasdy également, même s ils craignaient de supporter les conséquences d un étalage public des turpitudes de la comtesse. En fait, chacun se trouvait embarrassé, car tout cela éclaboussait la plus haute société austro-hongroise de l époque. Matthias de Hongrie était le plus acharné à vouloir justice, le comte Thurzo le plus réservé, et aussi le plus calme. Il devait y avoir procès il aurait lieu, mais on prendrait soin de n y point faire paraître la principale inculpée, ce qui était une façon élégante de ne pas mouiller certains membres de l aristocratie qui avaient, sans nul doute, d une façon ou d une autre, été complices de la meurtrière. Il fallait des accusés pour en faire des coupables. On se rabattit sur l entourage immédiat d Elizabeth. On savait que ceux-là, qui appartenaient aux classes les plus obscures de la société, n étaient pas dangereux et que leur condamnation servirait d
exutoire.

On a retrouvé le procès-verbal des interrogatoires qui furent menés pendant l instruction. On est en droit de se demander si ces dépositions ont été acquises au moyen de la torture, méthode pratiquée couramment à l époque, et c est pourquoi il convient de les prendre avec toutes les réserves qui s imposent. Mais ces dépositions ne sont nullement en contradiction avec d autres témoignages, et avec les bruits qui circulaient depuis fort longtemps sur les atrocités qui se commettaient aussi bien à Vienne qu à Csejthe à la demande formelle de la comtesse Bathory. Et même s il faut faire la part de l exagération et du lavage de cerveau qu ont subi les témoins, les récits sont hallucinants. Il y a là un accent de vérité qui ne trompe pas: ces témoins, participants actifs des turpitudes d Elizabeth, donc motivés par une foi énigmatique d
origine païenne et ancestrale, sont parfaitement conscients de ce qu ils racontent, et d
ailleurs, ils ne manifestent jamais le moindre remords, le moindre sentiment de culpabilité quant à ce qui leur est reproché. A les entendre, tout ce qui s est passé au château de Csejthe est parfaitement naturel et ne souffre pas d être discuté. Qu on en juge sur pièces .

Ainsi, le premier témoin, Ficzko, après avoir avoue avoir tué trente-sept jeunes filles et participé à leur inhumation, est amené à parler de l origine des victimes et du sort qui leur était réservé : (, Dorko et une autre allèrent en chercher. Elles leur dirent de les suivre dans une bonne place de service. Pour une de ces dernières, venant d un village, il fallut un mois pour la faire arriver et on la tua tout de suite. Surtout des femmes de différents villages s entendaient pour fournir des jeunes filles 2. Même une fille de l une d elles fut tuée; alors la mère refusa d en amener d autres. Moi-même, je suis allé six fois en chercher avec Dorko. Il y avait une femme spéciale qui ne tuait pas, mais qui enterrait... Une femme, Szabo, a amené des filles, et aussi sa propre fille, quoique sachant qu elle serait tuée. jo Ilona aussi en a fait venir beaucoup. Kata n a rien amené, mais elle a enterré toutes les filles que Dorko assassinait. " On voit ainsi que la comtesse sanglante avait constitué une véritable meute pour rabattre, par tous les moyens, les filles dont elle avait besoin pour assouvir ses passions, ou plutôt pour procéder à ces étranges sacrifices.

Où cela devient presque insupportable, c est lorsque les témoins donnent des détails sur les supplices. C'est toujours Ficzko qui parle: " Elles (les complices d'
Elizabeth) attachaient les mains et les bras très serrés avec du fil de Vienne, et les battaient à mort, jusqu'à ce que tout leur corps fût noir comme du charbon et que leur peau se déchirât. L une supporta plus de deux cents coups avant de mourir. Dorko leur coupait les doigts un à un avec des cisailles, et ensuite leur piquait les veines avec des ciseaux... jo Ilona apportait le feu, faisait rougir les tisonniers, les appliquait sur la bouche et mettait le fer dedans. Quand les couturières faisaient mal leur travail, elles étaient menées pour cela dans la salle de torture. Un jour, la maîtresse elle-même a mis ses doigts dans la bouche de l une et a tiré jusqu'à ce que les coins se fendent. Il y avait aussi une autre femme qui s'appelait Ilona Kochiska, et qui a aussi torturé des filles. La maîtresse les piquait d épingles un peu partout; elle a assassiné la fille de Sitkey parce qu elle avait volé une poire... La maîtresse a toujours récompensé les vieilles quand elles avaient bien torturé les filles. Elle-même arrachait la chair avec des pinces, et coupait entre les doigts. Elle les a fait mener sur la neige, nues, et arroser d eau glacée; elle les a arrosées elle-même et elles en moururent... Dans le coche, quand la maîtresse voyageait, elles étaient pincées et piquées d'épingles. "

Le témoignage de la nourrice, jo Ilona, n est pas moins édifiant: ", Elle battait les filles cruellement et Darvulia mettait les jeunes servantes dans l'eau froide et les laissait toute la nuit. La comtesse elle-même déposait dans leur main une clef ou une pièce d'
argent rougie au feu. A Sravar, Elizabeth a, devant son mari Férencz Nàdasdy, dévêtu une petite parente de son mari, l a enduite de miel et laissée un jour et une nuit dans le jardin pour que les insectes et les fourmis la piquent. Elle, jo Ilona, était chargée de mettre entre les jambes des jeunes filles du papier huilé et de l allumer... Dorko coupait avec des ciseaux les veines des bras ; il y avait tant de sang qu'il fallait jeter de la cendre autour du lit de la comtesse, et celle-ci devait changer de robe et de manches. Dorko incisait aussi les plaies boursouflées et Elizabeth arrachait avec des pinces la chair du corps des filles... C'est de Darvulia qu Elizabeth apprit les plus graves cruautés ; elles étaient très intimes. jo Ilona savait, et avait même vu, qu Elizabeth a brûlé le sexe de certaines filles avec la flamme d un cierge. " Tout cela est corroboré par Dorko : (La comtesse torturait les filles avec des cuillères rougies au feu, et leur repassait la plante des pieds avec un fer rouge. Leur arrachait la chair aux endroits les plus sensibles des seins et d ailleurs avec de petites pinces d argent. Les mordait en les faisant amener au bord de son lit quand elle était malade. En une seule semaine, cinq filles étaient mortes. "

Le reste est à l avenant et nous prouve que le marquis de Sade, dans son délire somme toute parfaitement inoffensif, n'a rien inventé. Car ces témoignages, quelles que soient les réserves qu'on peut émettre à leur propos, sont terriblement accablants. Et, sans trop risquer de se tromper, il faut bien se résoudre à accepter comme un minimum absolu le chiffre ahurissant de six cents jeunes filles sacrifiées par la comtesse Elizabeth Bathory et ses complices. La comtesse fut évidemment reconnue coupable par les juges qui se penchaient sur son cas. Mais la question se posait quant à la peine qu'elle devait encourir. On sait que le roi Matthias était résolu à condamner la comtesse à mort, quels que fussent ses liens avec l illustre famille des Bathory. Mais la famille Bathory, et le comte Gyorgy Thurzo le premier, n'avaient aucune envie de salir leur nom en faisant procéder à l exécution publique d'une des plus grandes dames de l Empire. Il y eut des négociations, des compromis. On se dit qu il valait mieux faire passer Elizabeth pour folle que pour une criminelle. Le verdict tomba: les principaux complices, Jo Ilona, Ficzko, Dorko et Katalin Beniezky furent condamnés à la décapitation et rapidement exécutés. Quant à la comtesse de sang royal Elizabeth Bathory, elle fut condamnée à être murée vive dans ses appartements privés du petit château de Csejthe. Sous la surveillance des juges et du comte Thurzo, des maçons murèrent donc les fenêtres et les portes de ses appartements, ne laissant qu une petite ouverture par laquelle on passerait tous les jours de l eau et de la nourriture. Elizabeth Bathory se laissa enfermer sans prononcer une parole. Elle vécut quatre ans dans la solitude et l obscurité. Aux dires de ceux qui la virent dans son dernier sommeil, en dépit de son âge - très avancé pour l époque - de cinquante-quatre ans, sa beauté était inaltérée. Et l on retrouva, dans ses appartements, de nombreux grimoires, et surtout des invocations sataniques dans lesquelles elle conjurait le Diable de faire mourir ses ennemis, le comte Thurzo en tête, et de leur envoyer des démons sous forme de chats noirs. C est ce qui était arrivé au curé de Csejthe Iorsqu il avait accompagné les justiciers dans les souterrains du château. Coïncidence? Il est bien certain que la magie, et une magie des plus noires et des plus sinistres, est la seule explication plausible de l invraisemblable comportement de la comtesse Elizabeth Bathory.

En fait, bien des questions se posent. Dans son invocation, faite la veille de son arrestation, Elizabeth Bathory implorait l'aide des puissances maléfiques, demandant particulièrement à Satan, qu elle appelle le Suprême Commandeur des Chats, de lui envoyer quatre-vingt-dix-neuf chats contre ses ennemis. Or, le curé de Csejthe, auteur du mémoire qu il espérait bien transmettre un jour, était l un de ses plus ardents ennemis, bien qu il fût réduit au silence par peur des représailles. D après le témoignage du prêtre, lors de la perquisition dans le château, il fut assailli par six chats qui le griffèrent et le mordirent avant d être chassés par les hommes d armes et de disparaître comme des fantômes. Hallucination ? Superstition ? Rien n est bien clair dans cette histoire pourtant réelle de la comtesse Bathory.

Était-elle sorcière ? Incontestablement, ou du moins magicienne, prêtresse d une religion noire et rouge héritée de la nuit des temps. Il serait vain de prétendre qu elle était folle. Il serait stupide de ne voir en elle qu une dépravée sexuelle assouvissant ses désirs pervers sous le couvert de ce qu elle croyait être son impunité. Certes, la composante sexuelle, sadique et lesbienne, ne fait aucun doute dans son comportement. Mais ce n est pas suffisant pour expliquer de telles horreurs. Et pourquoi n a-t-elle sacrifié, ou fait sacrifier, à son culte sanguinaire que des femmes, des filles vierges ? Le sang des vierges a donc tant de vertu qu il puisse procurer à ceux qui savent en profiter l'immortalité dans la beauté et le printemps éternel ?

Ici, la relation entre le personnage d Elizabeth Bathory, personnage réel, rappelons-le, et le sinistre comte Dracula, personnage romanesque mais surgi d une longue tradition et intégré dans un ouvrage de fiction initiatique, est absolument nette. Oui, la comtesse Bathory est une femme vampire se régénérant dans le sang des jeunes vierges qu elle sacrifie en l honneur d une mystérieuse et cruelle déesse des anciens jours. Elle mordait ses victimes, nous dit-on. On n ajoute pas qu elle buvait leur sang, mais elle s en inondait, ce qui revient au même. Aurait-elle pu survivre autant d années, dans toute sa beauté, sans cette thérapeutique " quelque peu spéciale ?

# Posté le vendredi 31 mars 2006 13:21

Modifié le mercredi 27 juin 2007 10:47

La porphyrie


Le mythe vampirique est peut-être maintenant une réalité car un chercheur américain, David Dolphin, professeur de chimie à l'Université de Californie, a découvert une maladie dont les symptômes s'apparenteraient grandement aux vampires : la porphyrie.

Dans cette recherche, nous allons d'abord vous expliquer les causes de cette mystérieuse maladie. Par la suite, nous allons vous résumer les symptômes qu'engendre la porphyrie. Finalement, vous allez en apprendre davantage sur les traitements pratiqués sur les malades.

Causes:

Il existe plusieurs formes de porphyrie soit la protoporphyrie, la porphyrie intermittente aiguë, la porphyrie mixte, la coproporphyrie héréditaire, la porphyrie cutanée tardive. Cependant, c'est la porphyrie érythropoïétique congénitale qui présente les symptômes s'apparentants le plus aux vampires.

La porphyrie est une maladie sanguine relativement complexe. Le sang humain comporte des milliards de cellules chargées de transporter les gaz respiratoires (oxygène et gaz carbonique) que l'on nomme hématies. Afin de bien accomplir leurs rôles, ces cellules contiennent une molécule appelée hémoglobine. Cette molécule agit comme un aimant et capte l'O2 ou le CO2. L'hémoglobine renferme elle-même un autre type de molécule : l'hème. Finalement, ce sont les porphyrines contenues dans l'hème qui sont à la base de la porphyrie.

En raison d'une enzyme déficiente, l'uroporphyrinogène-isomérase, les porphyrines sont détachées de l'hème et par conséquent, libérées dans le sang. Lorsque le corps des malades est exposé au soleil, la molécule de porphyrine reçoit l'énergie solaire et la convertit en une énergie toxique pour les cellules corporelles. Donc, les parties les plus exposées au soleil, soit la peau, sont les plus vulnérables à ce genre d'attaque.

Symptômes:

1. Photodermatite

La photodermatite consiste en une hypersensibilité à la lumière. Si par négligence, un malade reçoit une trop grande quantité de rayons lumineux, il pourra avoir à faire à de sérieux problèmes de peau, dont, principalement, des éruptions cutanées, des cloques ou des ampoules. De plus, la peau a beaucoup de difficulté à se régénérer, et c'est pourquoi les éruptions cutanées laissent souvent des cicatrices permanentes.

Les médecins proposent donc à leurs patients de vivre dans la plus grande obscurité. C'est pour cette raison que les malades sont souvent d'une pâleur cadavérique, et très faibles, en raison de leur carence en vitamine D.

2. Troubles neuropsychiatriques

La porphyrie apporte, dans quelques cas, des troubles neuropsychiatriques. Ceux et celles qui en sont atteints deviennent parfois très violents et irritables. C'est pour cette raison que dans les ½uvres traitant des vampires, on dit qu'ils mordent d'innocentes victimes pour leur voler leur sang. Fort heureusement, la porphyrie n'est aucunement transmissible, comparativement à des maladies comme le sida.

3. Pilosité surabondante

Au Québec, une centaine de personnes souffre de porphyrie, et dans plusieurs de ces cas, on remarque des poils plus abondants sur le corps des victimes. À titre d'exemple, le duvet recouvrant le corps ainsi que les sourcils s'épaississent. Il est important de noter qu'il se développe une pilosité anormale dans les cicatrices, causées par une exposition au soleil.

4. Érichrodontie

Dans d'autres cas, les dents des personnes atteintes de porphyrie se déforment, d'où l'on peut remarquer l'origine des canines meurtrières du vampire. On appelle cette déformation érichrodontie. De plus, elles sont colorées d'un rouge brunâtre, et elles fluorescent dans le noir. Ces manifestations peu communes sont dues aux porphyrines qui se promènent dans le corps après l'explosion des cellules, et qui viennent se coller sur certaines parties du corps. Les lèvres et l'urine des malades sont également d'une couleur pourpre.

5. Douleurs abdominales

Les malades endurent, dans la plupart des cas, des douleurs abdominales insupportables dues, principalement à la dilatation de leur rate. La porphyrie est même devenue une conclusion à certains mots de ventres inexpliqués.

Traitements:

1. Éviter les facteurs déclencheurs

Les personnes atteintes par la porphyrie doivent éviter certains facteurs qui déclencheraient la maladie. Sur cette longue liste, on écrit la lumière du soleil, l'alcool, les moyens de contraception (comme les anovulants), les médicaments contre la douleur, dont les barbituriques et le méprobramate, ce qui veut dire qu'ils doivent supporter tous leurs maux abdominaux. Sans oublier l'ail, qui, comme le mythe vampirique nous l'indique, occasionnerait des crises.

Il est important de noter que certaines personnes atteintes de porphyrie et évitant les facteurs déclencheurs ont éliminer tous leurs symptômes.

2. Administration de glucose ou de médicaments apparentés à l'hème

Selon d'autres spécialistes des maladies sanguines, on pourrait administrer du glucose, ou des médicaments apparentés à la molécule d'hème, pour atténuer les symptômes de cette maladie.

3. Phlébotomie (saignée veineuse)

De nos jours, la saignée veineuse, aussi appelée phlébotomie, est surtout utilisée dans le domaine de l'hématologie. Dans le cas de la porphyrie, on retire environ un demi-litre de sang par semaines à la personne atteinte de la maladie, et on compense le tout par une transfusion sanguine ; action réduisant le taux de porphyrine dans le sang. Anciennement, les techniques de saignée consistaient à boire du sang animal pour rétablir l'équilibre du système.

4. Thérapie génique

Le principe de la thérapie génique est simple sur papier, mais excessivement complexe à mettre en pratique. Comme nous n'avons pas découvert le gène responsable de la porphyrie, ce projet prometteur reste encore un moyen de guérison pour l'avenir. Par contre, des chercheurs sont sur le point de découvrir ce gène, et nous pourrions bientôt guérir la grande majorité des malades, en injectant le gène au patient. De cette façon, le gène malade serait remplacé par celui qui est en bonne santé.
La porphyrie

# Posté le vendredi 31 mars 2006 15:58

La Non-putréfaction des morts

La Non-putréfaction des morts

La putréfaction d'un corp est le signe tardif mais absolu de la mort. (Rappelons que Saint-Jean dans un Evangile, nous rapporte que Marthe, la sÏur de Lazare, dit au Christ pour lui faire comprendre qu'il est trop tard : "Seigneur, il doit déjà sentir, c'est le quatrième jour".) sauf que parfois on croit avoir a faire avec un non-mort ... le phénomène de la non-putréfaction des corps a souvent suffi à faire taxer de vampire un cadavre chez lequel le processus de la décomposition du corps (non embaumé) n'était pas encore intervenu après plusieurs jours passés en terre. Le cas s'étant même produit parfois au bout de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois.

Ce fait médical, aujourd'hui connu, puisqu'il est le fait de la conservation d'un corps dans une terre possédant des propriétés qui en retardent ou en empêchent la décomposition, telles que par exemple des eaux arsenicales, a dans certaines contrées reculées accrédité pendant longtemps la thèse de l'existence des vampires. Il faut savoir qu'un corps enseveli dans la terre se putréfie huit fois moins vite qu'un cadavre exposé dans le même temps à l'air libre, puisqu'il se trouve dans un environnement dépourvu d'oxygène.

Dans la religion orthodoxe, un cadavre qui ne se décompose pas est perçu comme un signe de la présence de forces démoniaques, alors que dans la religion catholique, le même signe est vu comme étant la marque d'une intervention divine (exemple les corps de saints non putréfiés voués à la béatification), mais dans un cas comme dans l'autre, cet état de fait est considéré comme une chose anormale, non naturelle. Une autre particularité de la non-putréfaction d'un corps est son gonflement excessif qui a fait croire pendant longtemps que le supposé vampire se nourrissait aux dépens des vivants. Il s'agissait en fait d'un surplus de gaz non évacués (surtout du méthane), accumulés dans le corps qui lui donnait cette apparence de " bon vivant " ! De même, les " grognements " supposés du vampire dans son cercueil ne sont justement que l'évacuation de ces mêmes gaz et des humeurs du corps précédant sa décomposition.

Le cas le plus célèbre de non-putréfaction d'un corps est celui de la femme du poète et peintre préraphaélite, Dante Gabriel Rossetti qui, en 1869, à Londres, au cimetière d'Highgate, fit exhumer le cadavre de sa défunte épouse, Elizabeth Siddal, morte sept ans auparavant d'une overdose de laudanum, et eut la surprise de retrouver son cadavre intact, sans aucune trace de décomposition. Ses longs cheveux roux avaient continué à pousser dans son cercueil ! Ce fait divers hors du commun inspira d'ailleurs une nouvelle à Bram Stoker qu'il intitula The Secret of the Growing Gold (Le secret de l'or qui croît) qui figure dans le recueil de nouvelles Dracula's Guest (Dracula's Guest (L'invité de Dracula)...

# Posté le vendredi 31 mars 2006 16:01